Taza point de ralliement d'une nombreuse armée était assurément un point important et un centre solidement tenu. D'ailleurs la grande enceinte de Taza, qui n'a laissé que des vestiges épars englobe un périmètre vraiment considérable. Cette enceinte fait l'objet d'une grande incertitude, nous l'avons vu. Certains ne la font pas remonter à une époque antérieure à la période Almohade. Le mode de construction initial permet d'en douter. El Qmisi parle d'ailleurs simplement d'un "renforcement "par Abdelmoumen. D'autre part, la mention du passage de Yacoub à Taza en 1187 est un argument bien faible en faveur d'une édification par ce Sultan. Yacoub ayant la réputation de bâtisseur, on a peu tendance à lui attribuer les constructions les plus diverses.
Par ailleurs, le souvenir d'édifices construits par lui ne s'est pas maintenu à Taza. Il se peut qu'il ait simplement relevé les murailles plus ou moins détruites lors de la prise de Taza en 1163 et que, occupée par la première dynastie marocaine qui ait vraiment administré son empire, Taza soit alors devenue une véritable ville. Elle attira d'ailleurs les convoitises des tribus. En outre il existe à l'intérieur de l'enceinte actuelle et prés de l'ancienne enceinte, des ruines du plus pur style Almohade. En résumé, pendant la période Almoravide-Almohade, nous n'avons que peu de renseignements sur Taza, bien que l'on soit porté à croire que Taza fut alors une place très importante. Ces renseignements sont limités à de rares indications livresques. Quant aux monuments de l'époque, ils sont réduits à de simples vestiges et ils ne comportent pas la moindre inscription. Ils ne constituent que des éléments de connaissance des plus problématiques. Il est regrettable que la documentation soit si maigre, c'est de cette époque que semble dater le développement de la ville et aussi son caractère de cité Maghzen.
La domination des Beni Merin et l'invasion Makilienne.
Avènement des Mérinides
L'époque Mérinide va nous fournir au contraire une documentation vraiment importante sur Taza. Il faut dire que l'histoire des Beni Merin a été bien plus intimement mêlé à celle de Taza, que celle de leurs prédécesseurs. Comme les Miknassa, les Mighraoua, les Mérinides partiront du seuil de Taza, à la conquête du Maroc. Taza ne sera pour eux qu'une simple cité Marghzen précieuse mais anonyme. Elle sera en quelque sorte le berceau de leur domination. Presque dés le début de l'Invasion Hilalienne, (vers 1060) les Makil qui se trouvaient vers l'extrême pointe de la marche, vers l'Ouest, arrivèrent en contact avec les Ouaçine et en pariculier avec les Béni Mérin. Ils les poussèrent devant eux sur les hauts plateaux Algériens et dés le début de la période Almohade, les Béni Mérin nomadisaient sur les bords de la Moulouya. Etablis à Guercif en 1213, les Béni Mérin entrent en maîtres dans le seuil de Taza en 1216. Ils vont même razzier les campagnes de Fès, parcourent le Rif et en particulier le pays des Botouïa. Les populations fuient vers les villes fortifiées et élèvent des plaintes véhémentes. Elles doivent finalement se soumettre dans l'ordre suivant :
1°) les Haouara
2°) les Miknassa et Tsoul
3°) les Botouïa, etc.
Cette indication est intéressante en ce qu'elle démontre une fois de plus que les Haouara sont venus occuper leur territoire actuel à une époque ancienne et non au début du XIeme siècle, comme certains l'on prétendu. Le Chef Almohade Ibn Ouanoudine fut envoyé contre eux mais il subit un échec lamentable dans le Rif et les Béni Mérin encouragés par ce résultat se jetèrent sur Taza. Ils établirent leur camp dans l'olivaie, au lieu-dit : Marabout Sidi Aïna où furent construits: -un haras -Un kinaria -quelques habitations -la kouba du MARABOUT, -des remparts qui, paradoxalement, ont leurs tours carrées à partir du haras, en direction de l'Est, orientées vers la ville, laissant apparaître que les Mérinides envisageaient un très long siège et une crainte d'une attaque de l'armée d'Ibn Ouanoudine. La ville fut prise à la suite d'une sortie malheureuse du Gouverneur. De nombreux habitants s'enfuirent. Encore une fois Taza n'avait pas géné l'invasion vers Fès, de telle sorte que la prise de la ville elle-même, n'avait été réalisée qu'ultérieurement. Les Béni Mérin semblent avoir trouvé dans la politique, un terrain d'entente facile avec certains éléments des Miknassa. Mais, en outre, les arabes Makil qui les avaient talonnés depuis un demi-siècle, se soumirent au Cheikh Abdelhaq des Béni Mérin. Vers 1227 les historiens nous signalent que les populations du voisinage sont soumises au tribut par les Béni Mérin qui profitent des difficultés dynastiques des Almohades El Adel et El Mamoun.
En 1236 le rival d'El Mamoun, Yahia Ben Naceur tente de trouver un refuge et un appui chez les Béni Makil, installés près de Taza. Conscients de leur force et estimant qu'ils n'ont rien à tirer de l'aide qu'ils lui fourniraient ils le tuent. En 1232 Othman Adergal Cheikh des Béni Mérin étend sa domination sur tous les parages du seuil : des Haouara aux tribus de Sefrou qui évidemment, paient leur tribut. L'Almohade Er Réchid essaie de faire respecter sa souveraineté par les Béni Mérin, mais il est battu à plusieurs reprises. Il doit leur abandonner les régions qu'ils ont occupées. Les Miknassa commencent leur longue carrière servile, ils paient un tribut particulièrement lourd aux Béni Hamama, ce qui n'empêche pas les Béni Askar, autre groupe Merinide, de venir à leur tour réclamer le tribut. En 1244 le Sultan Saïd marche contre Si Mohamed, fils d'Abdelhaq. Il le tue à l'Oued Yabach à l'entrée du couloir de Taza et les mérinides sont écrasés. Leurs puissantes armées voient ses débris se réfugier chez les Ghiata, événement qui nous offre un cas typique de ces multiples incorporations d'éléments étrangers dont les Ghiata ont fait si souvent l'objet. Bien entendu, les Mérinides n'étaient pas abattus, réfugiés dans le Seuil, ils allaient bientôt profiter des difficultés d'Es Saïd. Ils n'empêchèrent pas les renforts Abdelouadites de passer à Taza pour rejoindre Fès, mais ils reprirent bientôt leur puissance. Saïd vint les attaquer avec des forces imposantes. Ils se retirèrent encore dans les montagnes Ghiata et envoyèrent des parlementaires à Taza (1248). Il fut entendu qu'ils fourniraient à Saïd un contingent contre Yaghmoracen.
Mais à la suite de la mort de Saïd, lorsque les Almohades revinrent vers Fès les Mérinides se portèrent entre Taza et Guercif pour barrer le Seuil. Ils écrasèrent l'armée d'Abdallah, fils de Saïd et le jeune Sultan fut tué. On peut considérer que ces événements marquent la chute définitive des Almohades, du moins pour le royaume de Fès. Bientôt Fès était prise et pour la première fois, nous assistons à un véritable siège de Taza, qui sous le commandement de l'Almohade Abou Ali, tint quatre mois. Ceci semble prouver que les Almohades avaient véritablement fortifié Taza, d'autant plus que lors de la première venue des Mérinides, Taza ne parait avoir succombé que du fait d'une sortie malheureuse des troupes qui l'occupaient.
Période de la puissance Merinide et de l'apogée de Taza
Les Mérinides sont maîtres du royaume de Fès. Pourtant le seuil reste pour eux une base essentielle. Leur lutte continuelle avec les Abdelouadites en sont la cause. Dans une première période, ils s'y appuieront sur cette base, pour repousser aisément les attaques des Yaghmoracem, soit en allant le culbuter à Isly (1250-1257 et 1272), soit en l'arrêtant près de Taza en 1259 (victoire de Gueldamane), soit en le refoulant depuis Guercif jusqu'au Telagh (1267). Ensuite nous voyons le Mérinide Abou Youssef passant à l'offensive, envoyer son fils en avant-garde à Taza et y rassembler les troupes destinées à marcher contre Yaghmoracen (1281). Les attaques de 1295 sur Taourirt,de 1296 sur Oujda, de 1290,1297,1299 sur Tlemcen feront encore utiliser Taza comme base d'opération. Mais en outre de son rôle militaire, Taza joue celui d'une véritable capitale pour les premiers Mérinides. C'est ainsi qu'Abou Youssef s'y trouvait lorsqu'il apprit la prise de Salé (1260). En 1272 il revient de Tlemcen à Taza, pour assiter aux fêtes de l'Aïd El Kébir. En 1287 c'est à une porte de Taza que sera accrochée la tête du Bantaoui, qui s'était révolté dans le Sousse. En 1290 Abou Yaccoub à son tour, nous est signalé comme venu à Taza, pour l'Aïd El Kébir. Les annales de Taza sont encore marquées par la fuite du Gouverneur du Rif qui, chassé de Tazouta en 1291, se réfugie à Taza où il sera enterré. -La célébration du mariage d'Abou Yaccoub avec une petite fille du Cheikh Maghraoui Thabet Ben Mendil (1297). -La mort et l'inhumation du prince Abou Abderhaman (1300). Certes Fès Djedid créé par Abou Youssef est la capitale officielle mais Taza, base militaire de premier ordre, joue un rôle considérable dans la vie des sultans Mérinides. Malgré cela le pays montagneux qui entoure la ville n'est pas toujours très sûr. C'est ainsi qu'en 1287 Abou Yaccoub réduit une révolte d'Omar El Askri aux Fendlaoua. Vers 1299 a lieu une expédition contre les Miknassa et en 1305 le prétendant Othman Ben Abou l'Ola, est maître du Rif jusqu'aux abords de Taza. En 1310 Taza constitue le point de rassemblement des partisans du prétendant Abdelhaq ben Othman , mais surpris par la rapidité de la réaction du sultan Abou Rébia Sliman, ils se dispersent.
Malgré les prétentions d'Othman, Ibn Abou Saïd, cette désignation fut rendue définitive du fait de l'accord des troupes et des tribus environnantes ce qui montre une fois de plus la place considérable que tenait Taza et sa région dans l'empire mérinide. En 1314 au retour d'une expédition sur Tlemcen Abou s'arrête à Taza. Il envoie ses fils à Fès, mais à son arrivée en cette ville l'un deux, Abou Ali, se révolte et revient sur ses pas pour attaquer son père, qui, marchant à sa rencontre fut battu à Makarmeda (localité du pays Tsoul, d'après Léon l'africain), et doit réintégrer Taza pour se retrancher. Son autre fils Abou Hassan le rejoint, cependant Abou Ali est sur le point d'emporter la forteresse lorsqu'un arbitrage intervient Abou Ali devient Sultan et Abou Saïd garde le commandement de Taza et de sa province. Bientôt, d'ailleurs, Abou Saïd, vit les ex-partisans de son fils revenir à lui et il recouvre son empire. En 1321 Abou Saïd passe trois mois à Taza. Il renforce la protection vers l'est et fortifie Guercif et Taourirt. Bien lui en prit, car les Abdelouadites viennent ravager le garet, mais n'insiste pas en direction du couloir. En 1330 Abou Saïd s'avance avec ses troupes de Taza vers la Moulouya. Il amène ainsi les Abdelouadites à abandonner leur expédition contre les Hafsides et ce fut à Taza qu'Abou Saïd reçut la fille du sultan Hafside de Tunis qui venait se marier avec son fils Abou Hassan ; union qui scellait l'alliance des deux sultans. En 1348 Abou Einane,, Gouverneur de Tlemcen ayant appris le désastre de son père Abou Hassan en Ifrikya se fit proclamer Sultan et se dirigea sur Fes. Devant Taza, à l'Oued Bouladjeraf, il culbuta les troupes du Gouverneur de Fès restées fidèles et qui avaient tenté de parer le Seuil. Le Gouverneur de Gibraltar Aissa Ibn El Hassera vient alors à Taza. Il réunit un contingent pour attaquer à son tour Abou Einane, mais ce dernier ayant pris Fes, il n'insista pas.
En 1352 a lieu une fois de plus une vaste expédition contre les Abdelouadites; à son passage à Taza, les arabes makiliens vien- nent le renforcer. En 1354, Abou Einane, expulse de la région de Taza les Makiliens Housein qui, anciens alliés des Mérinides, avaient pris des habitudes d'indépendance exagérées et avaient aidé au rétablissement de la dynastie Abdelouadite,en 1349. Pendant la régence du Vizir El Hocein en 1358 un prétendant Mansour, se fait proclamer Sultan à Tlemcen, passe le seuil de Taza sans difficulté et vient s'établir sur le bord du Sebou. En 1360 l'Abdelouadite Abou Hammou II, qui a laissé Abou Salé prendre Tlemcen, vient occuper avec les Makiliens : Outat et Guercif, lui coupant la route de Taza, c'était là un gros danger aussi le Mérinide renonce à Tlemcen. En 1361, un prétendant soutenu par Abou Hammou II vient s'établir à Taza. Il y reçoit divers transfuges et marche sur Fès. Vaincu devant cette ville il revient à Taza y reconstitue son armée pour la lancer à nouveau sur Fès, mais le vizir Omar le prévient et le défait dans le pays Miknassa. En 1362 Abderhman Ibn Abi Tfellousen tente en vain d'aider Abderahman, le prétendant, en allant vers Taza. Nous constatons que depuis quelques années Taza n'a plus la même importance qu'au début de la période Mérinide en temps que ville Marghzen. De plus en plus, en effet, les Mérinides et les Abdelouadites couvrent leurs provinces à l'aide des tribus arabes installées dans le Maroc oriental. C'est une méthode moins coûteuse et très efficace.
Les Mérinides au début de leur règne avait utilisé les Makiliens établis jusque dans le Seuil de Taza, en les incorporant à leur groupe. Ils renoncèrent à ce système qui risquait d'amener des troubles. Il était bien préférable de leur abandonner les régions peu intéressantes de la Moulouya. Dés lors, le Seuil change de rôle dans le Marghzen, il constitue un simple rideau isolant entre ces tribus arabes toujours inquiétantes et le vrai Maroc. Il y a un autre avantage : avant de parvenir même à ce Seuil de Taza, l'ennemi aura une première lutte à engager. A la fin du XIVème siècle Taza va revenir à chaque page de l'histoire, l'anarchie qui commence à se faire jour dans l'empire y trouve un milieu des plus favorables. En 1370 Abdelaziz se prépare à attaquer Tlemcen. Il s'installe à Tana pour faire sa concentration. Le vieil Ouenzeemmar obtient le soutien aussi bien des Souéid que des Makils. Ces diverses tribus viennent se joindre à l'armée de Taza (Obéid Allah et Ahlaf). Abou Hammou II ayant fui Tlemcen sans combattre Abdelaziz, pour éviter toute surprise, envoie une avant-garde et reste à Taza en attendant l'occupation effective de la ville Abdelouadite. En 1372, les historiens signalent un incident un peu burlesque : lors de la mort d'Abdelaziz, le Vizir Ibn Ghazi qui vient de faire proclamer Saïd, revient avec une telle hâte de Tlemcen, qu'il s'aperçoit, à Taza, qu'il a oublié de nommer un Gouverneur pour Tlemcen. Il en envoie un qui d'ailleurs trouvera le coffre fermé à son arrivée. On peut expliquer cette anecdote par le fait que Taza est vraiment la dernière ville du Maroc sur la route de Tlemcen. Ibn Ghazi qui s'est posé en Régent, n'a pu faire une nomination aussi importante avant de se trouver dans une ville de l'Empire, où il puisse s'appuyer sur un Conseil de Chioukn. Quant à la hâte de rejoindre le vrai Maroc, pour faire confirmer Saïd, elle est bien naturelle pour ce même motif.
Mais en 1373 Abderhaman Ibn Abi Ifellouse, débarqué d'Espagne dans les Batouïa renouvelle sa tentative de 1362 sur Taza. Il trouve facilement dans les Rifains une aide efficace et, après avoir repoussé une première fois Ibn Ghazi, il s'empare de la ville. Il y concentre de nombreux partisans, et le siège de Taza que tente son adversaire, n'aboutit pas. Appuyé des Ahlaf, il ira ensuite prendre Fès en coopération avec Abou Abbas. En 1378, Abou Abbas, Sultan de Fès (Abderhaman avait reçu le trône de Marrakech), vient prendre position à Taza. En effet, Ibn Ghazi avait tenté de recouvrer sa puissance avec l'aide des Ahlaf. Se rendant compte de l'inutilité de leurs efforts contre l'Armée du Sultan établie dans cette citadelle, ils se dispersent. En 1382 Abderhaman étant assiégé à Marrakech, Abou Abbas obtint que Abou Hammou II fasse une diversion sur Taza. Les Abdelhouadites aidés des Makil dévastent le pays des Miknassa. A cette occasion, il s'est produit une confusion typique de celles commises par les historiens au sujet de Meknès et des Miknassa. Certains auteurs modernes ont parlé d'un siège de Meknes.
La chose est invraisemblable d'après la suite des événement nous apprenons en effet, que le Gouverneur de Fès, arrive avec ses troupes et qu'Ouenzeemmar toujours aussi influent, a détaché le Ahlaf des Abdelhouadites. Abou Hammou II retire alors les troupes qui se sont trop avancées et concentre tous ses efforts sur Taza. Il détruit de fond en comble le Palais des sultans et attaque la forteresse vainement. En 1384, à la suite de la prise de Tlemcen, le roi de Grenade suscite un nouveau prétendant au trône de Fès, Moussa Ibn Abou Einane. Abou Abbas qui est au delà de Tlemcen prend la première précaution d'envoyer un corps d'armée occuper la forteresse du couloir. Fès étant tombée, il rejoint son avant-garde, y réforme ses troupes et marche sur Fès, mais vaincu à Errokn, il doit revenir à Taza. Retranché dans cette citadelle, il cherche à obtenir, par l'entre mise du Gouverneur Dja El Khaber, un arrangement avec son adversaire qui d'ailleurs le dupera. En 1387 Ouenzeemmar vient à Taza avec Abou Farés, fils d'Abou Abba. Le Gouverneur leur livra la ville. Ils iront reconnaitre a nouveau Abou Abbas puis, marchant sur Fès, ils rejettent le Vizir Ibn Maçaï vers cette ville où il capitulera. En 1389, Abou Tachefin II, fils d'Abou Hammou II, obtient l'appui d'Abou Abbas contre son père. Abou Farés concentre alors à Taza les troupes mérinides qui donneront à Abou Tachefin le trône de Tlemcen. En 1393, mécontent d'Abou Tachefin, Abou Abbas envoie à Taza une armée qui doit appuyer un nouveau prétendant Abou Ziane. Abou Tachefin étant mort le Mérinide se rend lui même à Taza et envoi Abou Farés mener l'opération pour son propre compte.
Abou Abbas reste à Taza, prêt à appuyer son fils si besoin est. Et il meurt dans cette ville à la fin de l'année. Arrive l'an 1400. Nous pouvons utilement jeter un coup d'oeil rétrospectif. Nous venons, en effet, de suivre les événements de la période de l'histoire marocaine qui est certainement la mieux connue. L'épo- que mérinide a vu une véritable floraison d'historiens et surtout elle fut vécue par Ibn Khaldoun, qui est de beaucoup le plus remarqué des historiens arabes. Aussi, m'a t-il paru intéressant de suivre très en détail la masse des faits relatés, car ces faits étaient rapportés par des chroniqueurs sérieux qui en étaient les contemporains. Il s'agit-là de documents de tout premier ordre qui contrastent avec les écrits souvent fantaisistes que nous ont transmis ces mêmes écrivains sur la foi des chroniqueurs beaucoup plus suspects, sur les dynasties précédentes (en particulier au sujet des Idrissides). Après Ibn Khaldoun, nous serons à nouveau génés par une pénurie complète d'historiens pendant trois siècles. Par ailleurs, cette période qui est celle de l'apogée de Taza, synthétise les rôles divers que Taza a remplis au travers des siècles.
Quelle est donc la nature des nombreux faits que nous avons relatés ? Nous voyons tout d'abord une dynastie s'élever au sein d'une tribu venue s'établir dans le Seuil de Taza. Ceci n'est que la répétition du cas des Méghraoua et des Miknassa. Cette dynastie fait de cette ville son point d'appui essentiel car toute la politique est tournée vers l'Est, son histoire est une lutte incessante contre les princes de Tlemcen. Il est remarquable que dans cette lutte, les Mérinides soient perpétuellement vainqueurs. Les vaincus se relèvent toujours de leur chute, mais leurs succès se limitent à peu près, à recouvrir leur indépendance. Leurs tentatives contre le Maroc sont vouées à l'échec. Pourquoi ? Il semble que cela vienne de ce qu'ils n'ont comme point d'appui naturel que le désert qui s'étend derrière eux, tandis que les Mérinides ont dans le seuil de Taza un point d'appui de premier ordre. De plus, ces derniers ont eu soin de faire de Taza une citadelle digne de ce nom. Ils ont là une base de départ parfaite et un point de ralliement excellent. De plus, cette ville est aussi le point de ralliement de nombre prétendants Mérinides qui tentent de supplanter le Prince du moment. Elle constitue le point dangereux qui menace le plus directement Fès, chaque fois qu'un Cheikh, décidé, tente de détrôner le Sultan régnant. Certains prétendants viennent d'ailleurs. Mais c'est à Taza qu'ils trouvent l'appui décisif. Malgré toute sa puissance à cette époque, Taza ne constitue jamais un garant de domination absolue sur la région. Les Mérinides sont bien souvent obligés de faire des expéditions dans le voisinage sur les rives Nord ou Sud du Seuil. Il arrive même parfois que l'attaque, venue du Nord, triomphe avec assez de facilité de cette citadelle, qui plus est, dans les quelques sièges qu'elle subit elle ne manifeste qu'une médiocre capacité de résistance, que l'attaque vienne du Nord, de l'Est ou de l'Ouest. Il y a quelques différences vraiment considérables à ce point de vue, avec les sièges de Tlemcen, par exemple, ou même de Fès.
A SUIVRE ...