B - LES ALMOHADES

La conquête Almohade comporte une part d'imprécision considérable. Y a-t-il eu confusion de dates ? Faut-il s'en tenir aux données des historiens Arabes, telles que nous les avons reçues? Les historiens modernes ont souvent louvoyé entre ces deux tendances. Si l'on s'en tient aux données arabes, Abdelmoumen aurait fait une première expédition en 1132. Il aurait, à ce moment jeté les premières bases de sa domination future et aurait en particulier occupé la région de Taza.

Ayant continué son chemin jusqu'aux Ghomara, il aurait en revenant, fondé le Ribat de Taza (1135) Cette façon de voir est en particulier, celle d'Ibn Matrouch El Qaisi. D'après cet auteur "la forteresse du Ribat aurait été édifiée et l'enceinte aurait été renforcée". Puis en 1139 le même Abdelmoumen aurait fait sa grande expédition de pacification qui dura sept ans. Au cours de cette vaste opération, il aurait d'ailleurs repris la soumission des mêmes régions qu'il avait parcourues de 1132 à 1135.

Cette façon de voir est plausible. Il se pourrait fort bien qu'Abdelmoumen ait effectué tout d'abord des expéditions partielles qui, bien que parfois lointaines n'avaient pas une grande envergure. Ces expéditions lui permettaient de noyauter des points d'appui tout en attirant pas trop l'attention des Almoravides qui se montraient d'ailleurs d'une négligence insigne. Il se serait assuré, en particulier, une base solide vers Taza. aurait ensuite appuyé cette position en y établissant une citadelle indépendamment de l'enceinte de la ville qu'il se serait contenté de renforcer. Il aurait ensuite opéré la conquête systématique de tout le pays en s'aidant de ces points d'appui. Mais comme pour les Almoravides les opérations contre Fès ne furent exécutées qu'en dernier. Abdelmoumen, lors de sa grande expédition, prit en particulier le soin de soumettre les Ghiatas ainsi que les Métalsa et les Botouïa de part et d'autre du seuil (1143). Fès prise, il ne manque pas de faire une tournée de police aux Miknassa «tuant tous ceux qui détiennent armes ou provisions de guerre ». 

Il est pourtant à remarquer les troupes Almoravides de Yahia es Sahraoui, lorsqu'elles se réfugièrent à Fès en fuyant Tlemcen. Nous avons l'occasion de signaler, une fois de plus, que Taza ne bloque pas, le passage du seuil. Comme sous les Almoravides, l'histoire de Taza sous les Almohades a moins d'intérêt à partir de la prise de pouvoir par la dynastie nouvelle. En 1163 la révolte de Marezdagh et des Senhadja de Meftah gagne les Aouréba. Les insurgés ravagent la région, prennent Taza et emmènent de nombreux prisonniers. Taza qui était à présent "Ville Marghzen" inaugurait sa destiné de cible et de proie pour les montagnards du Seuil. La révolte rifaine de Seba Ibn Menaghrad n'eut pas les mêmes fâcheuses conséquences, grâce à l'antagonisme des Senhadja. Antagonisme si précieux pour le Marghzen qui, sans lui aurait pu crouler à de bien plus fréquentes reprises au cours de l'histoire. En 1187, on nous signale que Yacoub El Mansour, concentra ses troupes à Taza lorsqu'il partit à la tête de l'expédition destinée à réprimer le grave mouvement d'Ibn Ghania.